La technologie de Mose pourra-t-elle sauver Venise des eaux ?

Depuis sa création (il y a plus de 16 siècles), Venise a toujours suscité l’attention et la curiosité par son architecture, ses peintres, ses marins… Aujourd’hui, ce sont les hautes marées qui mettent en émoi les Vénitiens et les touristes, mais également la communauté scientifique. Le très ambitieux projet Mose pourra-t-il mettre fin aux inondations toujours plus fortes et fréquentes de la place Saint-Marc et de ses canaux ?

 

 

Quand la Sérénissime prend de l’âge
Depuis toujours c’est l’eau qui a façonné Venise avec le charme de ses canaux ou encore la bravoure de ses navigateurs, à commencer par Marco Polo. Il se peut que ce soit aussi l’eau qui mène la ville à sa perte. Combien de temps cette ville insulaire (118 îlots sur 50 km2) située dans la lagune de Venise pourra-t-elle subir les caprices de la mer Adriatique toujours plus violents ? La grande inondation de novembre 1966 – qui a vu le niveau de la place Saint-Marc s’élever à 1,93 m – ne fait malheureusement plus exception : les hautes marées se multiplient et peuvent désormais atteindre trois mètres. Toutefois, elles ne sont pas l’unique cause de la dégradation de la ville. La construction du « canal des pétroliers », le creusement de 6 000 puits sous la lagune ainsi que la perte annuelle d’un million de m3 de sédiments qui ne parviennent plus à se fixer en raison du trafic incessant des bateaux sont autant d’éléments qui menacent les ponts, les quais, les fondations des maisons et des édifices historiques. Pendant les 30 années au cours desquelles les différents acteurs consultaient, hésitaient, tergiversaient pour trouver une solution, Venise continuait de s’enfoncer (15 cm entre 1970 et 2000). Un projet fort devait voir le jour : ce fut Mose.

 

Un projet (controversé) à la hauteur de l’enjeu
Nombreux sont ceux qui, au chevet de Venise, multiplient les plans, les programmes et autres à l’instar de l’Unesco et du ministère de l’Infrastructure pour apporter leur contribution. C’est ainsi que le Modulo Sperimental Elettromeccanico Mose (qui se prononce Moise en italien) est sorti du lot… Depuis 2003, ingénieurs et techniciens s’affairent à construire un système de vannes mobiles pour empêcher l’eau de passer. Ce projet est tout simplement pharaonique : construction de 78 digues (de 20 m de large et de 25 m de longueur chacune) sur une distance de 1600 mètres entre l’Adriatique et la lagune qui se lèveront, grâce à ses clapets amovibles, une fois le niveau de la marée supérieur à 110 cm. Avec ce défi électromécanique, une fois encore, Venise fait parler d’elle… mais pas forcément pour les bonnes raisons : multiplication du coût du projet par quatre (1,8 milliard à 5,5 milliards d’euros entre 2003 et aujourd’hui), scandale financier éclaboussant une centaine de personnes, retard de livraison considérable, problèmes collatéraux pouvant endommager cet écosystème lacustre.

Alors que certains sont confiants dans les compétences des Vénitiens – qui avaient déjà fait montre, il y a plus de 1 500 ans, de leur ingéniosité en bâtissant notamment des maisons sur pilotis –, d’autres sont plus circonspects sur les chances de succès de sauver palais et canaux vénitiens. Seraient-ce ceux-là même qui auraient décidé de lancer, en 2013, l’ambitieux projet « Venice Time Machine » consistant à numériser 80 km d’archives de la Sérénissime, convaincus que demain Venise ne se visitera plus que virtuellement ?

 

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