Les femmes et les sciences : un difficile plafond de verre à briser

On a beau le constater et le décrier depuis des années, les femmes demeurent sous-représentées dans les domaines scientifiques et de la recherche. Malgré l’existence de disparités selon les pays, la tendance de fond reste la même : le niveau d’éducation des jeunes filles augmente sans que l’on mesure des effets significatifs sur le nombre de chercheuses ou de lauréates dans le domaine scientifique.

 

Portrait de la situation
D’après l’Unesco, à peine 30 % des chercheurs à l’échelle mondiale sont des femmes. Cette moyenne cache, malgré tout, des divergences régionales notables : elles sont 63 % en Bolivie, 26 % en France et 8 % en Éthiopie. Les chercheuses sont non seulement peu nombreuses, mais elles deviennent rares en ingénierie et en technologie. En République de Corée, par exemple, seuls 17 % des chercheurs sont des femmes, parmi lesquelles à peine 9 % évoluent dans les filières scientifiques. Ces pourcentages stagnent depuis des années alors que, dans le même temps, les femmes sont toujours plus nombreuses à obtenir un diplôme universitaire; elles devanceraient même les hommes, d’après Statistique Canada 2016, dans les filières STGM (science, technologie, génie et mécanique). Autrement dit, au fur et à mesure qu’elles progressent dans leurs études, les femmes – par choix ou par contrainte – abandonnent ou bifurquent. C’est ainsi qu’en Suède, on compte 60 % de femmes en licence, puis 49 % de doctorantes et enfin 36 % de chercheuses. Ces différences, voire cette discrimination, sont également perceptibles sur le marché du travail : les hommes se tournent davantage vers le privé (plus rémunérateur et valorisant pour certains), alors que les femmes embrassent davantage une carrière dans l’univers gouvernemental et universitaire, comme l’illustre si bien l’Argentine : alors que 52 % des chercheurs sont des femmes, elles ne sont que 29 % à évoluer dans le secteur privé.

 

Variété de causes et de solutions
Comment expliquer que les femmes soient si peu nombreuses à accéder à des postes élevés dans la recherche scientifique? Chaque échelon semble comporter son lot d’obstacles : jeunes filles, elles doivent être suffisamment motivées et convaincantes pour dépasser certains préjugés; étudiantes, elles doivent conserver leur motivation malgré des choix plus faciles qui pourraient s’offrir à elles; salariées, elles doivent composer avec l’éternelle difficulté de la conciliation travail-famille. Une fois parvenues à gérer toutes ces embûches, certaines sont dévalorisées par leurs collègues masculins, à l’instar d’un nobélisé en biologie, Tom Hunt, qui prétendait que la présence des femmes était néfaste – « soit les hommes en tombent amoureux, soit elles pleurent lorsqu’elles sont critiquées ». Pire que la dévalorisation, l’ignorance exprimée par l’effet Matilda, une auteure qui a remarqué que bon nombre de chercheurs s’arrogeaient les découvertes des femmes, faisant fi de leur implication réelle dans les expériences et les travaux de recherche… Lise Meitner (fission nucléaire) en 1938 et Dame Jocelyn Bell Burner (pulsar) en 1967 en ont fait les frais à leurs dépens; ce sont leurs confrères, respectivement Otta et Hewish, qui ont été nobélisés. Quelles solutions? Nous avons tous un rôle à jouer, à commencer par les écoles qui s’efforcent d’intéresser les filles dès leur plus jeune âge aux matières scientifiques. Les entreprises doivent aussi se garder de renvoyer une image révolue de la femme (certaines banques d’images de l’intelligence artificielle associent la gent féminine aux tâches domestiques et les hommes au sport) et les organismes internationaux peuvent accorder du crédit aux femmes en les nobélisant (seules 17 femmes contre 583 hommes ont reçu un prix Nobel scientifique depuis 1901) ou en en faisant leur promotion, à l’image de l’Unesco qui a lancé #WIKI4WOMEN afin que chacun enrichisse ou crée une biographie de femme.

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